beurre de cacao ivoire et cacao en poudre brun issus de la même fève

Le chocolat blanc est-il vraiment du chocolat ?

En résumé

  • La fève de cacao donne deux produits distincts, une matière grasse blonde et une matière sèche brune, le chocolat blanc ne garde que la première
  • Sa couleur ivoire vient donc de ce qu’il ne contient pas, la matière sèche de cacao qui colore et rend amer
  • La réglementation européenne le reconnaît bel et bien comme un produit de chocolat, avec ses propres seuils minimaux
  • Il reste malgré tout le seul de la famille à n’avoir aucune teneur minimale en cacao sec dégraissé
  • Né en Suisse dans les années 1930 pour écouler un surplus de beurre de cacao, il n’a qu’un siècle d’existence

« Le chocolat blanc, ça ne contient même pas de cacao. » La phrase circule depuis des décennies, elle est fausse, et c’est précisément ce qui rend l’affaire intéressante. Il en contient bel et bien, mais une moitié seulement. Cette moitié manquante explique absolument tout, sa couleur ivoire, son absence d’amertume, le procès que lui intentent les puristes depuis quatre-vingt-dix ans, et jusqu’au statut singulier que lui réserve la réglementation européenne. Pour comprendre, il faut redescendre à la fève et regarder ce qui se passe au moment précis où elle passe sous presse.

Une fève, deux produits, deux chocolats

Tout part de la même graine, celle qui pousse dans la cabosse du cacaoyer. Une fois torréfiée et broyée, elle donne une pâte qui, sous presse, se sépare en deux. D’un côté une matière grasse d’un blond très pâle, le beurre de cacao. De l’autre un tourteau solide, brun et amer, qui deviendra le cacao en poudre. Là où les bouchées et mendiants de chocolat noir ou au lait, comme les chocolats Signature de Lindt, tirent leur couleur, leur intensité et leur amertume de cette matière sèche, le chocolat blanc n’en conserve que la matière grasse.

Voilà pourquoi le chocolat blanc est blanc. Sa teinte ivoire n’est pas obtenue par ajout de quoi que ce soit, elle vient de ce qu’il ne contient pas, la matière sèche de cacao. Retirez le brun et l’amertume, il ne reste que le gras, le sucre et le lait… et voilà l’ivoire.

Et oui, il y a donc bien du cacao dans le chocolat blanc, puisque le beurre en sort au même titre que la poudre. Simplement, ce n’est pas la partie à laquelle on pense en prononçant le mot.

Alors cela contient quoi concrètement ?

composition du chocolat blanc : beurre de cacao, sucre et lait en poudre

La composition du chocolat blanc tient en très peu d’ingrédients, et chacun joue un rôle précis. C’est même l’une des recettes les plus courtes du rayon confiserie.

Le beurre de cacao arrive en tête. C’est lui qui apporte le fondant, cette sensation de tablette qui se dérobe en bouche, et qui permet au produit de rester ferme à température ambiante. Vient ensuite le sucre, en quantité importante puisque rien ne vient contrebalancer sa douceur, contrairement au chocolat noir où l’amertume du cacao fait ce travail. Le lait en poudre, entier ou écrémé selon les fabricants, donne le goût lacté caractéristique et une partie de la couleur crème.

S’ajoutent deux ingrédients discrets. La vanille, naturelle ou sous forme d’arôme, arrondit l’ensemble et lui donne cette signature que l’on reconnaît les yeux fermés. La lécithine, généralement de tournesol ou de soja, est un émulsifiant, elle empêche le gras et les poudres de se séparer et rend la masse plus fluide à travailler.

Comment est fabriqué le chocolat blanc

Le procédé suit celui des autres chocolats, avec une différence de taille au milieu du parcours. Suivons-le du cacaoyer à la tablette.

Du cacaoyer au beurre de cacao

Les fèves sont extraites de la cabosse, fermentées, séchées, puis torréfiées, étape qui développe les arômes. Elles sont ensuite concassées et broyées jusqu’à obtenir une pâte de cacao fluide, la masse de base de tout chocolat.

Intervient alors le pressage, le moment décisif. La pâte passe sous presse, le beurre de cacao s’écoule d’un côté, le tourteau reste de l’autre. Pour un chocolat noir ou au lait, on remet ensuite de la pâte de cacao dans le mélange. Pour un chocolat blanc, on ne le fait pas. C’est toute la différence, et l’ensemble du parcours de fabrication du chocolat éclaire bien la place qu’y occupe cette séparation.

Du mélange à la tablette

Beurre de cacao, sucre et lait en poudre sont réunis puis passés au broyage, ou affinage, qui réduit les particules à quelques dizaines de microns. En dessous d’un certain seuil, la langue ne perçoit plus le grain, d’où la texture crémeuse recherchée.

Suit le conchage, un brassage long et tiède qui homogénise la masse et chasse les dernières notes indésirables. Puis le tempérage, une courbe précise de températures qui organise la cristallisation du beurre de cacao. C’est lui qui donne le brillant et le fameux claquement à la casse. Un chocolat mal tempéré blanchit et s’effrite, quelle que soit sa couleur.

Ce que dit la loi, et le détail qui tranche

Passons au terrain juridique, puisque c’est lui qui départage les deux camps du dîner de famille. Et la réponse officielle est sans ambiguïté.

La directive européenne 2000/36/CE relative aux produits de cacao et de chocolat range explicitement le chocolat blanc parmi les produits de chocolat, à son annexe I. Elle lui fixe ses propres seuils, repris à l’identique en droit français par le décret du 29 juillet 2003. Pour porter la mention chocolat blanc, un produit doit contenir au minimum 20% de beurre de cacao et 14% de matière sèche de lait, dont au moins 3,5% de matière grasse lactique. Légalement, le débat est donc clos, c’est du chocolat.

Sauf qu’un détail du texte donne raison aux sceptiques, et il mérite qu’on s’y arrête. Tous les autres chocolats de l’annexe se voient imposer une teneur minimale en cacao sec dégraissé, cette fameuse matière sèche brune. Le produit que la loi nomme simplement « chocolat », celui que nous appelons noir, doit en contenir au moins 14%. Le chocolat au lait au moins 2,5%. Le chocolat blanc, lui, est LE seul de la liste à n’en avoir aucune. ZÉRO obligation, zéro seuil. C’est précisément l’ingrédient dont il est dépourvu, et le législateur en a pris acte.

Dénomination légaleBeurre de cacao minimumCacao sec dégraissé minimum
Chocolat, dit noir18%14%
Chocolat au laitNon fixé isolément2,5%
Chocolat blanc20%Aucun seuil

Le goût découle directement de là. Aucune amertume, puisque les molécules qui la portent sont restées dans le tourteau. Peu de notes cacaotées non plus, le beurre employé étant le plus souvent désodorisé, même si certaines maisons en conservent un non traité. Restent le lait, le sucre et la vanille, sur une texture grasse qui prolonge la sensation. Factuellement, il ne contient donc ni flavonoïdes ni théobromine, ces composés logés dans la partie solide de la fève.

Une invention suisse née d’un surplus

L’histoire du chocolat blanc est courte, et elle commence par un problème d’intendance plutôt que par un éclair de génie.

Dans les années 1930, en Suisse, Nestlé se retrouve avec des excédents de beurre de cacao, sous-produit inévitable de la fabrication du cacao en poudre, et du lait en poudre à valoriser. L’idée est simple, assembler les deux avec du sucre. Le chocolat blanc naît de cette équation industrielle, traverse l’Atlantique en 1948, puis devient une marque en 1967 avec Galak.

Un siècle à peine, quand le cacao est consommé depuis des millénaires. Les puristes n’oublient jamais de le rappeler, et ils n’ont pas tort, le chocolat blanc est le benjamin de la famille.

Un chocolat plus délicat à travailler

Demandez à un pâtissier, il vous confirmera que le blanc lui donne plus de fil à retordre que le noir. Trois raisons à cela, toutes liées à sa composition.

Le beurre de cacao fond autour de la température du corps, ce qui explique la sensation en bouche mais rend la matière instable dès qu’on la chauffe. Sans matière sèche de cacao pour structurer la masse, le chocolat blanc supporte mal l’excès de chaleur, et l’on comprend vite pourquoi faire fondre du chocolat correctement demande de la patience et un bain-marie doux.

Ensuite, le sucre et les protéines du lait caramélisent puis brûlent bien avant que le beurre ne s’abîme, d’où cette tendance à jaunir et à prendre un goût de grillé. Enfin, sa richesse en gras le rend plus sensible aux variations de tempérage. Rien d’insurmontable, mais rien d’anodin non plus, croyez-moi.

Blond et ruby, la vraie place du chocolat blanc

Le sujet aurait pu s’arrêter là, sauf que le chocolat blanc a engendré une descendance. Deux « quatrièmes couleurs » brouillent encore un peu plus les frontières.

Le chocolat blond d’abord, dont le Dulcey de Valrhona est le représentant le plus connu, n’est rien d’autre que du chocolat blanc caramélisé, chauffé longuement jusqu’à ce que le sucre et le lait prennent une teinte dorée et des notes de biscuit. Le chocolat ruby ensuite, rose naturellement, obtenu par un traitement particulier de certaines fèves. Deux preuves que la chocolaterie n’a pas fini d’inventer des catégories !

Alors, du chocolat ou pas ? Légalement, oui, sans discussion possible, la directive le dit et le décret français le confirme. Sensoriellement, c’est une autre famille, un produit lacté et vanillé qui a renoncé à ce qui fait l’identité gustative du cacao. Les deux camps du dîner de famille ont donc raison, ce qui est la plus élégante façon de clore un débat…

Questions fréquentes

Est-ce que le chocolat blanc est du vrai chocolat ?

Juridiquement, oui, sans ambiguïté. La directive européenne 2000/36/CE le range parmi les produits de cacao et de chocolat, avec ses propres seuils de composition, et le droit français reprend cette définition. Sensoriellement, la réponse est plus nuancée, puisqu’il ne contient pas la matière sèche de cacao qui donne au chocolat son amertume et sa couleur. Les puristes ont donc tort sur le terrain légal et raison sur le terrain du goût.

De quel ingrédient le chocolat blanc est-il dépourvu ?

Du cacao sec dégraissé, autrement dit de la matière sèche brune obtenue après pressage de la fève, celle que l’on connaît sous forme de cacao en poudre. C’est le seul produit de l’annexe I de la directive à ne se voir imposer aucune teneur minimale sur ce point, là où le chocolat en exige 14% et le chocolat au lait 2,5%.

Y a-t-il du cacao dans le chocolat blanc ?

Oui, sous la forme du beurre de cacao, la matière grasse extraite de la fève, qui doit représenter au moins 20% du produit. Ce qu’il ne contient pas, c’est la matière sèche de cacao dégraissée, celle qui donne la couleur brune et l’amertume. Le cacao est donc présent, mais uniquement dans sa partie grasse et neutre.

Pourquoi le chocolat blanc est-il blanc ?

Parce que le beurre de cacao est naturellement d’un blond très pâle, presque ivoire, et que rien ne vient le colorer. Dans un chocolat noir ou au lait, c’est la matière sèche de cacao qui apporte la teinte brune. En son absence, il ne reste que la couleur du gras, du sucre et du lait en poudre.

Quelle est la différence entre chocolat blanc, au lait et noir ?

Elle tient à la proportion de matière sèche de cacao. Le noir en contient au minimum 35%, le chocolat au lait 25% complétés par du lait, et le blanc aucune, uniquement du beurre de cacao. Cette seule variable explique la couleur, l’amertume, la texture et la longueur en bouche de chacun des trois.

Comment est fabriqué le chocolat blanc ?

Les fèves sont fermentées, séchées, torréfiées puis broyées en une pâte de cacao, qui passe sous presse pour livrer d’un côté le beurre de cacao et de l’autre le tourteau. Seul le beurre est conservé, puis mélangé au sucre et au lait en poudre. Le tout est broyé finement, conché pour homogénéiser la masse, enfin tempéré pour obtenir brillant et cassant.

Quelle est l’origine du chocolat blanc ?

Il naît en Suisse dans les années 1930, chez Nestlé, d’une logique d’écoulement de stocks plus que d’une recherche gourmande. La fabrication du cacao en poudre générait des excédents de beurre de cacao qu’il fallait valoriser, tout comme le lait en poudre. Commercialisé aux États-Unis à partir de 1948, il devient une marque à part entière en 1967 avec Galak.

Quel goût a le chocolat blanc et pourquoi ?

Un goût lacté, vanillé et franchement sucré, sans la moindre amertume. La raison est mécanique, les composés amers et aromatiques du cacao se logent dans la partie solide de la fève, absente ici. Le beurre de cacao employé étant généralement désodorisé, il n’apporte que peu de notes cacaotées, essentiellement du fondant.

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